mercredi 12 avril 2017

Petit guide pour la présidentielle 2017 à l'usage des indécis

Vous ne savez pas pour qui voter ? Voici un petit guide extrêmement simple qui vous donnera les clés pour saisir les grands axes des principaux candidats et vous aider à faire votre choix. En toute objectivité bien sûr !




Si tu penses que le problème de la France ce sont les aides sociales et la fonction publique, qu'il vaut mieux travailler pour rien que d'être payé à chercher un travail correct, que les pauvres doivent se sacrifier pour garder les créateurs de richesse sur le territoire français ( même si leurs impôts vont ailleurs, et que leurs entreprises sont en Pologne, mais c'est un détail ), alors vote ...

→ Fillion, si sa posture altière te rappelle avec nostalgie le temps béni des seigneurs et des serfs.

→ Macron, si son dynamisme jeune te rappelle avec joie ton travail de manager ou de chargé de communication.

Si, au contraire, tu pense que le problème principal de la France c'est qu'une oligarchie saigne les pauvres pour s'enrichir, justifiant ses démarches en brandissant l'étendard de la Dette Publique, créée en 1973 en obligeant l'État a emprunter à des banques privées avec intérêts élevés, plutôt qu'à la Banque de France avec intérêts nuls ( comme on faisant avant ), alors vote ...

→ Hamon, si tu penses qu'il peut encore gagner et apprécie son air tout mignon.

→ Mélenchon, si tu n'a pas peur de d'exiger de certaines personnes qu'elles se contentent de 30 000€ par mois pour vivre ( on peut trouver ça sévère comme mesure ), si tu souhaites changer la constitution pour ne plus avoir un monarque à la tête de l'État, et autres choses du même acabit.

Si tu pense que le problème de la France ce sont les immigrés, qu'il n'y a plus de crèches dans les mairie et qu'il faut présenter une France digne et forte en toute occasion, ce qui suppose de faire quelques coupes dans son histoire, un détail, alors vote ...

→ Marine le Pen ... et c'est tout, tu n'as pas le choix ! Tu n'a pas non plus le choix des successeurs : après Marine ce sera probablement Marion. Quitte à faire des coupes dans l'histoire, allons jusqu'à faire disparaître La Révolution Française. Après tout, avoir le choix n'est-il pas parfois anxiogène ?

Je suis persuadé que les choses sont dorénavant plus claires pour vous !

dimanche 9 avril 2017

Ballade des chimères nocturnes.


Cracks in the Light by Suzan Woodruff


Pouvais-je connaître,
              les effets durables,
              d'un regard croisé ?

Dans ces yeux clairs,
              perçants et questionneurs,
              une morsure profonde ?

Juste ici, en cet endroit
              caché et croyais-je
              impénétrable,

Ce coin de mon cœur,
              que brusquement dévoile
              la douleur renouvelée,

Restaurée, du lointain,
              à cet instant-ci
              alors que j'espère

Alors que je crois pouvoir,
              te voir, te trouver,
              dans ces lieux vides.

Ces lieux qui gardent
               la trace d'un passage
               une parcelle de toi.

Folie ... folie du cœur,
              folie égoïste
              née d'un rien

D'un rien cristallisé,
              en ce soir clair
              ou nos regards croisés ...

Vraiment, le pouvais-je ?
               Pouvais-je connaître
               ses effets durables ?

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Là ! Te voilà !
Ô puissant mirage
Que mon esprit
Éveille à mon cœur.

Là ! Tu es là !
En vers et en rimes
Sur la corde sensible
De mes laborieux chants.

Là ! Je te vois !
À mes yeux embués
Brumeuse et présente
À l'esprit démantelé.

Là ! Approche-toi !
Folie insinuant
En mes rêves colorés
Tes yeux vermiculés.

Va ! Ne reste pas !
Épuise ton absence
Évapore ton regard
En cette brume splendide.

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I look at you
              ghosting girl.
Whispering your
              flipping words.
In the monstrous
              earring birds.

I can't keep in
              my bare hands,
Your delicates
             finger's songs,
Who jealously catch
             dreaming bounds.

Can we make a song
             tell me please,
Can we make it strong
            before all cease ?

mercredi 29 mars 2017

C'est la cristallisation comme dit Stendhal

- Moi j'te dis une chose. Tu perds un seul instant ta
lucidité: t'es foutu.
- Laisse-moi rire! Tu bois comme un trou!
- Ouais t'es foutu. Tu perds toutes les autres.
- C'est la cristallisation comme dit Stendhal.
-- Serge Gainsbourg, C'est la Cristallisation comme dit Stendhal in ANNA



Je n'ai jamais lu De l'Amour de Stendhal et pourtant la notion et l'image de la cristallisation m'est connu depuis bien longtemps, probablement depuis un cours de français en seconde.

Je n'ai jamais lu De l'Amour de Stendhal et pourtant j'ai une conception très précise de cette notion. Probablement différente de l'originale,  mais pas tant que cela si j'en crois les articles que j'ai lu récemment à son sujet. C'est selon moi la grande force de cette image : elle rend parfaitement compte par elle-même du phénomène de mystification amoureuse.

Si vous voulez savoir ce que Stendhal en dit, lisez le lire ou des articles à son sujet, ici je parlerai de ce que j'entend personnellement par cristallisation.

La cristallisation est un phénomène d'isolation et de purification. La chose cristallisée est rigidifiée et par là isolée du reste du monde sensible. Mais elle est aussi purifiée des impuretés rejetée dans la phase liquide.

Cette description chimique de la cristallisation offre une image très précise de la mystification amoureuse : la cristallisation est cet instant ou la personne admirée se pare, dans les yeux de celui qui admire, des plus beaux atours, des plus belles qualités et par là devient aimée.

Daphné et Apollon


Dans cette affaire on peut distinguer trois qualités du cristal :

Le cristal enferme son objet dans une image jugée pure et parfaite.

Le cristal réfléchit partiellement l'image de celui qui le regarde.

Le cristal est extrêmement fragile.

Ce qui me semble parfaitement bien résumer la situation de la personne ne pleine mystification amoureuse : celle-ci aime un être qui n'est, au fond, que le support de qualités qui ne lui appartiennent pas. Celui qui aime voit en l'être aimé ce qu'il voudrait qu'il soit, et parfois même ce qu'il voudrait être lui-même.

Si la cristallisation est si fragile c'est qu'une telle image ne résiste évidemment pas longtemps au réel, à moins que la personne aimée soit loin ou qu'elle s'éloigne régulièrement afin de laisser du temps et de la distance à l'imagination pour reconstituer le cristal.

En ce sens ce que l'on appelle la "passion amoureuse" dans un couple me semble constituer exactement un phénomène de "double cristallisation" : les deux amants s'enferment l'un l'autre dans une image cristalline de leur "être-ensemble", image non seulement illusoire mais également différente pour chacun des deux membres du couple, d'où sa très grande fragilité.


Il est frappant de constater que les passions amoureuses qui durent sont toujours des relations enchaînant successivement séparation et réconciliation.


Quelques chansons sur la cristallisation :





Rupture et distanciation aboutissant à une seconde cristallisation :





De la cristallisation imaginaire à la cristallisation effective, il n'y a parfois qu'un pas :


mercredi 8 mars 2017

Oraison Vernale




Electrique
    la nuit
où se frôlent nos laines
couverts d'un drap bleu-gris.

Pourpre
    nos belles lèvres
nos abîmes douceâtres
matrices de nos fièvres
qui font de nos cœurs l'âtre.

Mordorée
    riche toison
qui dévale nos courbes
qui brise nos raisons
de son doux sillon fourbe.

Laiteuses
    nos mains aimables
qui trouvent dans le tumulte
les consonances d'une fable
les rimes d'une œuvre occulte.

Églantine
    ta peau ...

Burger pyromane ou four montagnard ?

J'ai essayé avec une amie cette recette de burger montagnard au mesclun :


Nous n'avions pas tous les ingrédients, et certains passages de la recette me semblaient quelque peu obscurs :

Que faire des lardons et des oignons une fois la sauce passée au chinois ?

Grosso modo nous avons procédé comme suit :

1) On envoie les quantités se faire voir, et on fait tout au feeling ! Les proportions c'est pour les débutants ...



2) Nous n'avions pas de sauce anglaise ...  nous n'en avons pas mis.

3) Nous n'avions pas de vin blanc, nous avons mis du rosé à la framboise. Et c'était très bon, oui ! Oui, c'était très bon, n'insiste pas !

4) Très important : nous n'avons pas passé la sauce au chinois. Nous avions une sauce aux lardons et oignons ( coupés fins ) directement dans le burger, et c'était cool !

Le résultat ?


En vérité, ça c'était avant le passage dans four ayant des velléités pyromanes ...

Mais c'était quand même très bon, et oui nous étions deux, et oui nous avons mangés DEUX burgers géants chacun. Un problème ?


mardi 28 février 2017

Retour sur le parcours "Trans Express"

Je me suis rendu aujourd'hui à la faculté Segalen pour un parcours intitulé "Trans Express : 24 minutes dans la peau d'une personne trans".



Le parcours consistait en ceci :

Fiche de personnage et organisation


On rentre dans la salle et on est accueilli par une personne sur notre droite qui nous explique les règles du jeu et nous invite à choisir le personnage ( ce que l'on appelle dans le milieu du jeu de rôle un "prétiré" ) que l'on va jouer.

Les fiches de personnages sont constituées : du nom de la personne ; de son âge ; d'une description contenant des éléments biographiques succincts et des problèmes auxquels ce personnage est confronté ; des jetons de moral et de santé ; un ensemble d'icones représentants différents domaines "conflictuels", prioritaire ou non en fonction du personnage. De tête il y a :

- La famille
- Le couple
- La justice
- La médecine spécialisée
- La médecine générale
- Le travail
- La SoFECT ( la Société française d'études et de prise en charge du transsexualisme  )

Chaque domaine dispose de son bureau parmi tous ceux disposés en cercle au centre de la pièce.

En-dehors de ce cercle nous trouvons :

- La table sur laquelle se trouvent des tampons ( j'y reviendrai ).
- Un cercle de chaises tenu à l'écart symbolisant la prison ou le suicide.
- Un espace de discussion cloisonné pour le debriefing.

Ce que j'ai vécu




J'ai choisi un personnage du nom de Claude. Claude est de genre non-binaire, il ne se considère ni homme, ni femme. Assigné homme à la naissance et portant officiellement le nom de Philippe iel ( pronom non binaire )  souhaite :

- Demander à son médecin généraliste l'autorisation légale de suivre un traitement hormonal. Iel se fournit déjà, depuis 10 ans, sur internet de manière illégale.

- Changer son visage par la chirurgie pour le faire correspondre à son genre.

- Demander des conseils à Pôle Emploi sur les manière de faire entendre à ses futurs employeurs qu'iel n'est pas un homme mais une personne non-binaire.

- Changer son prénom en Claude.

Ce sont en tout cas les éléments de la vie de Claude que j'ai vécus pendant cette vingtaine de minutes.

Claude a commencé à se rendre chez son médecin généraliste pour demander un traitement hormonal. Ce dernier ne comprenait pas ce qu'iel voulait : être un homme ou être une femme ? Claude a essayé d'expliquer que ...

bip ! "C'est l'heure des hormones !". Toutes les quatre minutes les personnes jouant un personnage prenant un traitement hormonal doivent se rendre à la table des tampons pour simuler la prise des hormones.

Retour chez le médecin : niet, pas d'autorisations, la demande n'est pas claire, on est homme ou on est femme. Claude évoque le cas des personnes nées intersexuée. Le médecin lui répond : " eux c'est à la naissance, vous vous souhaitez vous transformer, c'est une pathologie équivalente à la schizophrénie, il me faut l'avis de votre psychiatre ". Un point de moral en moins pour Claude ...

Alors qu'iel quitte le médecin intervient le "parasite". Le "parasite" est une personne qui amène au joueur un événement inattendu. Pour Claude il s'agit d'un rendez-vous Pôle Emploi.

Ça tombe bien Claude doit s'y rendre pour demander des conseils. Allons tout de suite à l'essentiel, l'entretien sera court : Pôle Emploi n'est pas là pour faire du coaching sur des problèmes liés à non-binarité.

Pendant qu'iel est dans l'administratif, Claude se dit qu'il serait bon d'entamer les démarches concernant le changement de prénom. Iel se rend à la mairie et la personne lui explique que l'on peut changer son prénom pour des raisons de désagréments phonétiques, s'il est ou semble ridicule, mais qu'il n'est pas possible de changer son prénom pour un prénom d'un autre sexe, et encore moins pour des motifs de non-binarité. Claude essaye de justifier le fait que ce prénom est non genré ( il y a des Claudes femmes et des Claudes hommes ), mais le motif est dirimant, et il faut faire appel à la justice pour obtenir un droit potentiel. Ça n'est pas du ressort de l'agent de la mairie.

Réponse de la justice : demande refusée. Claude perd à nouveau un point de moral.

Juste après iel perd deux points de moral, suite à un événement parasite concernant une démêlée avec la justice dont je ne me souviens plus exactement le contenu si ce n'est que cela concerne évidemment la non-binarité ( les événements parasites se font parfois un peu dans la précipitation ).

Reste la demande en chirurgie plastique qui sera elle aussi refusée pour des motifs similaires à ceux donnés par le médecin généraliste : il faut savoir si vous voulez être un homme ou une femme, il faut l'avis d'un psychiatre.

Claude perd encore un point de moral, et c'est déjà bien mal en point qu'iel subit les effets d'un surdosage hormonal qui lui abîmera la santé et minera son moral jusqu'à la tentative de suicide ( quand les jetons de moral sont à zéro ).

J'ai arrêté la partie arrivé à ce point car, bien que Claude soit sortit vivant de sa tentive de suicide j'avais parcouru les principales étapes à réaliser dans son cas.


Debriefing et entretien


Une fois la "partie" ( j'utilise les termes du jeu de rôle mais je ne sais pas s'ils sont adaptés ici ) terminée je me suis rendu à l'espace de debriefing. Il y avait déjà quelques personnes, et d'autres arriveront après moi de manière régulière, il n'y a pas de groupes.

Ce qui m'a tout de suite frappé c'est que le ressentit était très différent en fonction du personnage que l'on avait joué. Untel avait le sentiment que la plus grande violence que les personnes trans pouvait connaître relevait probablement du domaine familial, les déboires administratifs étant finalement proches de ce que peuvent connaître des personnes se trouvant dans des situations compliquées de manière plus générales. Cette personne jouait un personnage qui, entre autre chose, avait perdu la garde de ses enfant lors d'une procédure de divorce au motif de son statut de personne trans-genre.

Pour ma part c'est bien la spécificité de la rigidité administrative et même langagière qui m'avait le plus frappé ( mon personnage n'ayant pas de problèmes majeurs sur le plan familial ou conjugal ) : les interlocuteurs se cachaient bien souvent derrière la nécessité administrative de remplir la case "homme" ou "femme" pour pouvoir continuer les procédures.

On y apprenait aussi que le taux de suicides chez les personnes trans est particulièrement élevé ; qu'il est possible en Allemagne de remplir une case "autre" à la naissance d'un enfant si ce dernier est intersexué ( ce qui est impossible en France ) ; qu'en Australie cela peut être fait à tout moment de sa vie etc.

A la suite de ce debriefing j'ai été invité par une jeune femme à un entretien durant lequel j'ai répondu à quelques questions concernant ce parcours et dont l'essentiel du contenu se trouve dans cet article. Ces entretiens seront remis, si mes souvenirs sont bons, à une chercheuses de la faculté travaillant sur la trans-sexualité qui traitera les retours et enverra une synthèse à l'association LGBT de la fac.

Tout cela est évidemment à prendre au conditionnel car mes souvenirs sont parfois un peu nébuleux. Il s'est passé en moins d'une heure, beaucoup de choses !

Conclusion



Ce parcours me semble excellent. Difficile au premier abord : j'ai eu peur de mal jouer mon personnages, que le temps manquant pour assimiler tous les outils ( objectifs primaires, secondaires, jetons, tampons pour les hormones ... ) me ferait perdre pied. On est tout de suite jeté dans le feu de l'action !

Ce qui me semblait a-priori un problème du procédé me semble a-posteriori une force : On est immédiatement en situation de stress, de tension, de malaise. Et c'est précisément ce que veut ce parcours : montrer que la vie de personne trans-genre est remplie de choses difficiles, d'obligations à se justifier sur qui l'on est, sur sa santé mentale, ses désirs, ses objectifs, à se livrer quand on veut juste obtenir une autorisation légale à quelque chose que l'on pratique déjà etc.

Il serait évidemment très intéressant de vivre un tel parcours sur un temps plus long. Mais ce serait indéniablement plus complexe à mettre en place et toucherait moins de monde : cela ne pourrait pas être proposé à autant de personnes sur la même plage de temps, et cela n'attirerai probablement pas autant de monde même si les moyens étaient illimités.

Investir 24 minutes de sa vie dans un tel "jeu de rôle" ça n'est pas la même chose qu'y investir 2 voire 4 heures.

Un lieu parfaitement adapté à ce type d'exercices est l'école.

Au final une question continue de me tarauder en cette fin de journée : il est assez impressionnant de voir qu'un tel parcours ait pu s'afficher dans le hall d'entrée de la faculté Segalen sans que cela ne pose de difficultés majeures. La popularité du parcours faisait également plaisir à voir. Mais quid du profil des personnes l'ayant fait ? Y avait-il des personnes ayant des a-priori négatifs sur les personnes trans-genre, y avait-il des personnes transphobes ? Et si oui, quel impact a eu sur ces personnes le parcours ?

Petite bibliographie

Je remercie la personne qui tenait le stand avec tous les livres pour les conseils !



Changer de sexe : identités transsexuelles, de Nicot et Augst-Merelle, Le Cavalier Bleu, 2006



Sociologie de la transphobie, Espineira et Raibaud, MSHA, 2016



Transidentités : ordre & panique de Genre: Le réel et ses interprétations, Espineira, L'Harmattan, 2015



Elle ou lui ? : Une histoire des transsexuels en France, Foerster, La Musardine, 2012

Denktagebüch n°1 - Novembre 2004 partie 1

Les Denktagebüchen sont littéralement des "journaux de pensées" dont le nom fut inspiré par le Denktagebüch d'Hannah Arendt traduit en 2005 aux éditions du Seuil en deux volumes.

Mais l'inspiration initiale provient des "Pensées" de Pascal.



Ce sont des pensées écrites sur le vif, sans ordre sinon celui chronologique.

Mon objectif est de parcourir ces carnets et de sélectionner les fragments de pensées lisibles et encore compréhensibles pour les commenter.

Nous commençons en Novembre 2004 :

« Je prétends jouer à l'absurde pour montrer l'absurdité de notre condition. En réalité j'ai le beau rôle : je suis hors d'atteinte des critiques de lâcheté, je passe pour sage et m'en amuse. »

Ce texte fut en écrit en période de découverte des Pensées de Pascal. Les Pensées eurent un impact considérable sur moi et me firent prendre conscience de la bataille qui se livrait en mon esprit entre ce que Pascal appelle le Pyrrhonisme et le Dogmatisme.

Le courant sceptique est un courant de sagesse, or je me situe ici en-dehors de cette sagesse bien que j'en prenne les atours. Voici le fragment de Pascal permettant de comprendre au mieux ce paradoxe :

« Nous avons une impuissance de prouver invincible à tout le dogmatisme.
Nous avons une idée de la vérité invincible à tout le pyrrhonisme.»
Pascal, Pensées n°25 (édition Sellier )

Pascal fait l'expérience du balancement, chez tout être humain, entre scepticisme et  dogmatisme. Le sceptique est plein de certitudes, et le dogmatique ne peut jamais prouver parfaitement ses certitudes.

Cette instabilité de la condition humaine, qui parcours toutes les Pensées, est un élément tragique. Pascal réagit face au tragique de l'existence humaine par un retrait du monde et le désir d'une vie ascétique, alors que dans ce texte j'enfile le costume du fou : celui qui par le rire et la dérision fait ressortir l'absurdité du monde, et la sienne propre.

La figure du fou et le thème du rire seront des objets de réflexion constant dans les années qui suivront.

« Comment rire, se divertir, chercher, créer, quand notre vie n'est que misère ? Commence concilier la présence constante à l'esprit du "divertissement" et le divertissement ? »

Ce qu'il faut entre par "la présence constante à l'esprit du divertissement" ce n'est pas le divertissement en soi, mais le concept de divertissement de Pascal.

J'étais imprégné par la réflexion critique de Pascal sur le divertissement ( qui pour lui nous éloigne du sens même de notre existence : Dieu ), mais je me divertissais, et avec plaisir. Comment pouvais-je concilier les deux sans vivre dans la contradiction, une forme de mensonge ?

Au sens pascalien le divertissement est un mensonge, c'est un voile que l'on place devant ses yeux pour ne pas souffrir de notre condition d'hommes perdus et abandonnés au néant.

La question que je posais était-elle rhétorique ou ne voyais-je vraiment pas que c'était précisément le rôle du divertissement que de nous placer dans de tels paradoxes ?

« Dégoût de nous même : nous sommes différents de ce que nous étions ; pas la même personne ( essence ? ) à chaque instant ! Le problème est-il là ? Nous n'aimons pas ce que nous ne sommes pas ? »
Ce texte un peu cryptique sortis d'un contexte oublié, me semble poser la question du désarroi dans lequel nous nous trouvons lorsque nous nous voyons évoluer dans une direction que nous n'avions pas forcément prévu. Comme si le moi passé était toujours présent, en retrait, pour juger le moi du présent qui lui appréhende déjà le moi futur.

Nietzsche parlera très bien de ces "divisions" du moi ( je ne crois pas qu'il emploie un tel terme cependant ), mais je ne le connaissais pas vraiment bien à ce moment, si mes souvenirs sont bons.